AISLF Tunis 2020

GT20 - Études animales

Appel à communications

Correspondant pour le Congrès : Jérôme MICHALON - jerome.michalon@gmail.com


Voir la présentation du GT20


Extensions du domaine de la morale : les animaux dans la moralisation des sociétés

Il sera question dans cette session du GT20, de présenter des recherches portant sur les différentes articulations entre « animaux » et « processus de moralisation ».  En proposant une sociologie de la morale (et non une sociologie morale), il s’agira de documenter la manière dont les animaux, l’animalité, et les rapports entre humains et animaux sont et/ou deviennent objets ou supports de prescriptions morales. Cette ambition générale sera déclinée en plusieurs axes.

1. Moraliser les humains par les animaux : les comportements des animaux peuvent servir d’exemple ou de contre-exemple au sein de discours visant à moraliser les conduites humaines. Les animaux peuvent être alors porteurs de valeurs désirables, ou des exemples de « bonne conduite » (en matière de famille, d’économie, de sexualités, de politique etc.). À l’inverse, les animaux peuvent être désignés comme des figures repoussoirs du point de vue moral, symboles d’impureté ou d’un état inférieur de « moralité ».

2. Moraliser les relations humains animaux : certains travaux historiques (Agulhon, 1981 ; Pelosse, 1981, 1982) ont bien mis en lumière que la protection animale s’est d’abord développée sur la base d’arguments anthropocentrés, visant à justifier le souci des animaux au nom du respect d’une certaine conception de l’humanité, et de ses devoirs moraux (« agir avec humanité »). Se soucier des animaux était alors une attitude vertueuse, devant être enseignée au plus grand nombre, dans un objectif de progrès social. Ce processus de moralisation des humains prenant les rapports aux animaux comme support pourrait par exemple être étudié à travers la place actuellement donnée au respect de l’animal dans l’éducation (familiale, scolaire ou religieuse), ou encore à travers les discours autour des régimes alimentaires pro-animaux (végétarisme, véganisme).

3. Moraliser les animaux : on pourra également s’intéresser aux pratiques et aux discours visant à constituer les animaux en agents moraux. Au-delà du simple discours consistant à doter les animaux de qualités morales, c’est plus précisément le travail d’inculcation de ces qualités qui sera au cœur de l’analyse. Les pratiques d’ « éducation », de « dressage » canin, ou encore l’équitation, sont de très bons exemples de ce travail de moralisation à l’endroit des animaux, d’imposition de valeurs propres à certains groupes sociaux (cf. la politesse, l’autocontrôle) à certains individus animaux. On pourra également s’intéresser aux discours autour de la prédation (dans des cas concrets, comme celui du retour des loups en Europe de l’ouest, ou à travers des formes de spéculation relative au scénario d’une « libération des animaux »).

Le GT20 encourage des présentations attentives à l’un ou plusieurs de ces éléments :

  • la pluralité des entrepreneurs de moral qui participent aux processus de moralisation (militants, scientifiques, Etat, autorités religieuses, industrie etc.) ;
  • la pluralité des contextes : les communications portant sur des contextes non occidentaux seront particulièrement bienvenues ;
  • la pluralité des espèces animales et des relations humains-animaux en jeu (domestiques, sauvages, de rente, de compagnie etc.) ;
  • l’articulation entre les théories sociologiques sur la morale et la question animale (à l’image du travail de Christophe Traïni (2011) concernant le processus de civilisation de Norbert Elias, ou de Kerstin Jacobsson et Jonas Lindblom  (2017) à propos des approches Durkheimiennes de la morale).


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