AISLF Tunis 2020

CR17 - Sociologie et anthropologie de l'alimentation

Appel à communications

Correspondant pour le Congrès : Christophe SERRA MALLOL - christophe.serra-mallol@univ-tlse2.fr


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La morale dans l'assiette

L’alimentation, en tant que pratique quotidienne historiquement régie par les institutions religieuse, familiale et plus récemment médicale, offre pour les sociologues un accès privilégié à la morale, à un système prescriptif de normes et de valeurs qui permet aux membres d’une société de diriger leurs conduites et sanctionner leurs écarts, en combinant l’obligation et la désirabilité. Le terme même d’« économie morale » a été pour la première fois mobilisé à propos des émeutes populaires de la faim dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, suite à l’augmentation du prix du pain. Nous proposons de travailler la question des morales alimentaires de manière dynamique et réflexive, à partir des trois axes suivants.

1. Une morale d’optimisation

Des messages de santé publique aux applications mobiles, en passant par les émissions de concours culinaire, partout une morale d’optimisation alimentaire se déploie : les individus sont enjoints d’optimiser leur alimentation et de s’optimiser à travers elle. Au-delà des possibles effets délétères, nous nous intéresserons à ce que les individus font concrètement de ces injonctions morales et quelles inventions sociales peuvent en émerger. Il s’agira d’identifier les manières dont ils les adoptent, les rejettent ou se les approprient, et dans quelle mesure ils adaptent leur rapport à l’alimentation, en consommant de nouvelles catégories de produits (compléments alimentaires, bio, etc.) ou en co-construisant des pratiques alimentaires alternatives, politisées et/ou expérimentales (véganisme, régimes « sans », jeûne, etc.). L’attention sera ainsi portée aux bricolages et aux compromis opérés entre des normes et des possibles, aux émergences de « nouvelles identités » dans le refus de valeurs associées par le mangeur à une vision du monde réfutée.

2. Nouvelles morales, nouvelles promesses, nouvelles frontières ?

Si les individus sont de plus en plus invités à arbitrer leurs choix alimentaires et à les justifier, c’est aussi que se posent de nouvelles questions (urgence environnementale, liens humains-animaux, transhumanisme) et que des entrepreneurs de morale leur donnent l’illusion du choix (la santé publique et l’injonction à la responsabilité individuelle ou les industries agro-alimentaires et la digestion de la critique), parfois à travers un « impensé moral ». Ces promesses alimentaires, dont le caractère novateur mérite d’être interrogé, apparaissent d’autant plus difficiles à appréhender qu’elles assemblent divers registres qui brouillent les frontières éthique, politique, sanitaire, écologique et économique. De tels assemblages ne permettent-ils pas également de capter un public toujours plus vaste et de se protéger de la critique ?

3. La réflexivité morale des chercheurs

Si se pose de plus en plus la question de la réflexivité des mangeurs, nous souhaitons aborder celle de la réflexivité des chercheurs en sociologie de l’alimentation, autour des injonctions contemporaines à l’éthicisation, à la transparence et au principe de responsabilité morale. Nous traiterons de la question de la morale en acte autour de la pratique de la recherche en alimentation, de ses implications en matière de méthodologie et de travail de terrain, du financement de la recherche par des acteurs industriels et des différents registres de justification déployés pour lui donner du sens, d’une éthique possible de la responsabilité des chercheurs mais aussi des incidences de cette réflexivité sur leurs propres pratiques alimentaires.


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